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 I've got time to waste on you • STYRR
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Sujet: I've got time to waste on you • STYRR   - Ven 17 Mar - 12:55


Eté 794 -  Trésorerie

I've got time to waste on you  


Le Trésorier du Roi était un homme largement habitué à devoir gérer des sommes importantes d’argent. Lui-même avait son propre commerce, sa propre richesse, et elle était gérée avec une dévotion et une précision qui aurait pu rendre jalouse sa femme, si elle ne recevait pas l’exact même traitement. Ainsi, Vitserk Leiknir levait souvent les yeux au ciel lorsqu’on essayait de lui expliquer son travail, comme s’il ne savait pas comment gérer un porte-feuille. Ces personnes se retrouvaient souvent à devoir se confronter son immaturité : il devenait d’autant plus taquin, distrait, insolent, bref, à ne pas prendre au sérieux ceux qui ne le prenaient pas au sérieux. Et après, on se demandait pourquoi on ne l’aimait pas…
Heureusement, l’été, ce genre de moustique avait tendance à disparaître et à aller beugler des chants guerriers à travers la pampa pour la gloire des dieux, la beauté des femmes et le cliquetis de l’or. Cela faisait bien longtemps, maintenant, que Vitserk ne prenait plus la peine de partir en raid. Il savourait de ne plus avoir à risquer son magnifique visage à la proximité d’autant d’objets contondants. Cependant, Solstheim pouvait être si fade sans sa population… Les imbéciles pouvaient être tout aussi ennuyeux que distrayants, aux yeux de la couleuvre se dorant la pilule chaque jour au soleil. Il aimait voir toute cette piétaille réagir à chacune de ses actions et suivre l’or comme rapaces vers cadavres.
Ainsi, par exemple, il n’avait plus la possibilité d’embêter Moira. Elle ne faisait pas irruption chez lui, ne grognait plus à sa vue, ne le jugeait point de ses terribles yeux froids. A sa moue boudeuse, on pourrait presque croire qu’elle lui manquait. On se doutait cependant, assez objectivement, qu’il s’agissait plutôt de la fascination malsaine de l’enflure pour la sainte. Il y avait quelque chose de trop droit et de trop sec en Moira, qui lui donnait envie de lui ouvrir les entrailles et d’en extraire cette part immonde de saleté sommeillant en tout un chacun. Il adorait voir les entrailles des gens, et il adorait d’autant plus quand il fallait se donner de la peine pour y accéder.
Ainsi le Conseiller du Roi était un outil parfaitement pratique lorsqu’il s’agissait de cela. Il faisait, après tout, partie de ces personnes qui ne prenaient jamais le Leiknir de haut lorsqu’il s’agissait de savoir gérer un budget. Vitserk savait apprécier ces détails, tout comme il était forcément intéressé par cette effroyable tranquillité qui lui était souvent servie. Il y avait quelque chose de Moira en Stýrr, cet acier sauvage qui résistait un peu trop fermement aux assauts aquatiques du perfide trésorier. Ils finissaient toujours par se fissurer. Vitserk avait pour lui l’obstination et une malléabilité que ces rocs froids ne sauraient jamais espérer. Ce qui intéressait cependant Vitserk ce n’était pas sa ressemblance avec le Commandant mais bien son lien avec elle. Si la cible s’était enfuie dans son beau vaisseau pour aller perforer des corps, Vitserk, lui, se contenterait d’aller perforer les âmes de ses proches, à la recherche de quelque information.

Ce fut ainsi qu’ils se retrouvèrent, tous deux, dans la trésorerie du palais. Ils se parlaient, en somme, assez régulièrement, presque exclusivement de leur travail, avec quelques apartés personnels pour qu’on ne puisse jamais les suspecter de ne pas bien s’entendre. Jamais franchement au-delà. Il y avait, cependant, ce jour-là, une drôle d’ambiance dans l’air. Le palais vide, la chaleur inhabituelle, le soleil qui brillait beaucoup trop d’heures en une seule journée. On croisait surtout des femmes, des vieillards et des hommes attachés à leur travail. Les mouvements semblaient plus lents, plus lourds, les discussions plus longues et les gorges s’asséchaient souvent, dans la chaleur et le silence. Les réunions entre le conseiller et son trésorier semblaient ainsi s’étendre indéfiniment, alors que le soleil ne bougeait pas, et que pourtant les secondes s’écoulaient anormalement vite. Le temps s’échappait, semblait s’immobiliser, et l’attente, en devenant plus pesante, finit d’impatienter le Leiknir.

Les comptes fermés, la réunion terminée, après avoir abordé les très rares dépenses en cette période creuse, ils auraient du se séparer. Il y eut, cependant, une sorte de flottement dans l’air alors que Stýrr aurait du se lever. Flottement qui fut immédiatement exploité par le large sourire de Vitserk. « Qu’est-ce que ça peut être vide, par ici, quand ils sont tous en train de s’amuser sans nous. Qu’est-ce que tu penserais de leur rendre un peu la monnaie de leur pièce ? » Sur ces mots, il se mit à farfouiller dans les étagères à ses côtés, en sortant vite une bouteille et deux cornes, derrière ses yeux brillant de malice. « Je sais pas toi, mais clairement, ça manque de banquets dans le coin. » Il ricane, sachant très bien qu’il organisait bien assez de festivités comme ça. Il commence à faire couler l'hydromel, avant de lui tendre la corne. « Et toi, qu’est-ce qui te manque le plus dernièrement ? » La réponse, bien entendu, était déjà connue mais méritait d’être posée.
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Dernière édition par Vitserk Leiknir le Mar 28 Mar - 19:31, édité 1 fois
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Sujet: Re: I've got time to waste on you • STYRR   - Mer 22 Mar - 1:35


vitserk Þ stýrr
Sumar 796 — sannleiki brennr

Animosité des brises fraîches dont les langskip s'étaient nourris de tout leur soûl et cordes d'eau aussi limpides qu'il ne s'écoulait du sang dans les veines des Hommes, l'absence de ce qui faisait ces silhouettes éphémères du paysage norvégien était une blessure profonde pour celui qui affichait pourtant toujours sourire béat à la moindre manifestation d'une embellie, bourrasque de névé trop furieuse ou manteau nébuleux engloutissant le port de Solstheim alors accueillis comme cadeaux sacrés. Éclanches affaissées par le poids de la chaleur bien que s'étant déjà débarrassées du pardessus et ne portant qu'une chemise en lin fin dans l'espoir de mieux inhaler survie à travers ces lourdes bouffées d'air chaud, le malade damné y devinait sa future agonie si pareille journée se reproduisait encore. Même les fines figures brodées au bout des manches et encolures rendaient tout geste contraignant, calculé dès lors pour ne s'exécuter que lorsqu'il fallait se pencher pour se saisir d'une feuille de compte distancée sur la table par l’amont de responsabilités. Stýrr appréciait pourtant ces instants, bien qu'il lui était impossible — et non recherché —  de déchiffrer tous les rouages de l'économie royale et que ce lieu du Palais lui semblait être une arène pour laquelle le seul tranchant de son éloquence ne lui sauverait jamais la mise à elle seule. Mais le Trésorier et le Conseiller savaient mêler leurs compétences de pair, et il n'avait pas été question pour la barbe au roux fatigué de se renfrogner par exclamations et accusations indignées, ne remettant jamais en cause la qualité de l'homme qui se tenait en face de lui. Encore moins quand les chiffres et compte-rendus des coffres étaient aussi rassurants que ceux qui prenaient forme au fil du labeur abattu sous le couvert d'une journée aux températures impitoyables. Aveu impossible ne pouvant naître par la voix, Stýrr appréciait la symbolique de leur présence, pour un même bien, bien qu'aux aléas de leurs méthodes sans réelle discordance : le Royaume ne sombrait pas sous cette garde. Pas encore.
Si bien qu'il se laissait allé à guigner le retour précoce des raids qui n'auraient dès lors aucun impératif de trou dans les caisses à combler, son désir de revoir la cité être habitée des ces braves aux visages amicaux l'emportant sur le rendement d'expéditions coûteuses. Il jalousait aussi d'être resté de son propre chef, sa place n'étant plus dans ces expéditions mais au sein d'une aventure tout aussi dangereuse et d'une lente violence des malices. Ces pensées s’emmêlèrent alors que les deux hommes du gouvernement bouclaient les derniers points après des heures de concentration, langueur du cerveau fatigué se laissant à flotter et imaginer sa présence auprès du vieil ami frappant de ses arpions la terre des combats, prenant de l'avance sur leur éternel défi et croisant les doigts pour enfin clamser et faire du pied de nez au plus jeune.

Rêverie faite de certitude mal avouée à soi, Stýrr se contenta de regarder avec plénitude la réussite de cette collaboration, pour l'heure douce victoire qu'il désirait sentir sur son épiderme comme fraîche récompense, ses muscles ne songeant pas un instant à s'activer dans des mouvements qui le mèneraient jusqu'à l'exténuation. Et s'il ne savait combien de temps ce repos aérien des esprit avait duré, s'ils méritaient d'en avoir davantage ou qu'il était temps de repartir chacun de son côté, c'est le timbre singulier de Leiknir qui le sortit doucement de cette lénitive errance, un sourire flanqué sur la mine espiègle qui n'annonçait rien de bon. « Qu’est-ce que ça peut être vide, par ici, quand ils sont tous en train de s’amuser sans nous. Qu’est-ce que tu penserais de leur rendre un peu la monnaie de leur pièce ? » Et les rides du front épousèrent déjà leurs sillons de désapprobation, le Conseiller s'empressant de lui exprimer en silence qu'il n'était pas certain de partager le même concept de l'amusement que son collègue. Présence qu'il ne voulait d'ordinaire dans cette pièce qu'être en qualité d'homme de conseils, il ne voyait pas le rôle lui demandait-on à l'annonce de réjouissances jalouses, intrigue mourant presque immédiatement quand il vit Vitserk — hardiesse probablement décidé avant même que les mots ne dépassent le seuil de ses lèvres — revenir avec bouteille et cornes sortis d'une étagère complice de sa malice. « Je sais pas toi, mais clairement, ça manque de banquets dans le coin. » Sourcils levés avec gausserie surprise ; incorrigible Trésorier, si Stýrr n'avait pas eu à endurer de la chaleur il en aurait probablement ricané avant de se lever pour marquer son désintérêt, n'ayant jamais eu la fièvre des banquets, encore moins avec ceux qu'il ne connaissait pas suffisamment pour finir la tête dans un tonneau sans remords. Pourtant, il n'eut pas le temps de faire part de son refus que déjà le liquide se glissait dans les cornes tout aussi assoiffées, par la même magie que celle dont avait usé Leiknir pour faire apparaître le vice éthylique. Poli, Stýrr se contenta de lever les yeux au ciel et de pousser un grognement de défaite ; gorgée inéluctable s'il désirait une fuite sans éclats.

« Et toi, qu’est-ce qui te manque le plus dernièrement ? » La réponse était faite d'amitié improbable, stigmates tus, rage guerrière offerte par les dieux et d'un roux à l'origine tout aussi divine, une chose à receler dans ces promesses, des aveux qui se retranchaient avec violence dans le fond de son crâne, loin des pupilles investigatrices du Trésorier. Et même si jamais les noms ne franchirent ses fines lèvres épousant une moue désapprobatrice face à la question qu'il devinait plus maline qu'il ne pouvait l'imaginer, Stýrr ne put empêcher le blase interdit de tisser le fin éclat de glace qui traversait subitement les deux fjords glacés. Piolet fiché dans son propre oculaire, il lui faudrait un jour apprendre à être borgne pour rendre ses idées silencieuses, mutisme dans lequel il excellait pourtant d'ordinaire. La chaleur peut-être, la soif sans doute, sa paume touchant désormais la corne tendue, appréhension cachée qui ne portait que sur celle du goût. La vinasse éreintait trop rapidement son cerveau et mettait ses organes autant à mal que s'il n'avait senti les appendices du kraken effleurer la coque d'un langskip, et il n'était pas dans ses projets de donner pareil spectacle de déversement de la bile aux pieds du Trésorier. Bien qu'il ne doutait pas que celui-ci ait déjà remporté sa réponse avortée. Mais une défaite à la fois et il entreprit d'amener le doux liquide à ses lippes, laissant ainsi supposer que dans ce breuvage ambré il trouvait un échappatoire salvateur pour y cacher des non-dits échappés, otage de ses effets. Effluves alcoolisées enrobées du miel coulant avec aisance dans sa gorge irritée d'avoir retenu plus de proclamations de désapprobation qu'elle n'aurait dû au cours de cette réunion, la fraîcheur de ce cadeau fut cependant accueilli avec ravissement par le Conseiller. Les traits d'un sourire ne passèrent nullement sur le galbe froid, mais il ne signifiait pas pour autant ennui ou inconfort, simplement qu'il se délestait de ces reconnaissances trop rapides, du moins pas avant avoir ingurgité le quintuple de ce godet. « Le manque ne me pose que rarement problème, tout besoin m'est aussi agréable à languir qu'à abattre, dit-il en laissant ses mots être honnêtes et sur le ton amical, rendus chauds par la boisson et la fin de leur travail, même si une petite brise fraîche serait après tout la bienvenue aujourd'hui, on pourrait en dégeler Jötunheim avec cette chaleur. » Un regard coula sur l'objet provenant des étagères pour s’accrocher ensuite au visage de Leiknir, prenant nouvelle lampée avant de poser sa propre question en retour. « Caches-tu ces bouteilles pour pouvoir oublier certains résultats des comptes les tristes jours de moins bonne fortune ou est-ce uniquement pour brasser du repos avec le premier assoiffé un rien docile ? » Non pas que ça lui déplaise, en réalité il appréciait même le geste et savait la chaleur l'acculer trop ardemment dans ce siège pour lui donner envie de déjà partir, misant dès lors sur les températures plus légères qu'apporterait la venue d'une vêprée qdéjà sur le pas de la porte du Palais. Il était cependant étonné que le Trésorier lui fasse partager telle qualité au velouté que sa langue vint attraper dans sa dernière goutte, roulant dans son gosier comme un langskip sur une mer houleuse. Délicatesse perfide de faux-rassasiement de soif et de panse se croyant nourrie par des mets sucrés. Ce tableau de corne vide confirmait donc instinct de méfiance, celle dont il ne s'était jamais vraiment ôté depuis qu'il avait eu à côtoyer l'homme. Et comme à cette habitude qui ne s'installait pourtant pas si souvent, fautes de réels instants de cette occasion, Stýrr cherchait à comprendre s'il s'agissait d'un échange s'inscrivant dans le respect et l'amitié naissante qu'il pouvait éprouver pour Vitserk, le jeu de l'homme ou les manies du Trésorier. Et la naïveté joviale de cette lourdeur estivale lui faisait croire qu'ils auraient rôles partagés sur la conclusion — nigaud.

Se penchant pour déposer sa corne suffisamment loin pour exprimer qu'il en avait eu assez et que sa disposition était celle destinée à être retirée par un esclave afin d'être rincée, il sentit la chaleur de l'alcool frapper ses poumons, lourdeur de feu davantage ravivé par le climat de cet été impossible que par une quelconque faiblesse à l'ivresse qu'il ne possédait pas. Sa pensée se dirigea immédiatement vers son logis qui n'était pensé que pour une survie aux hivers lui étant rudes, fournaise qui devait l'être pour encore deux bonnes heures, tuant toute envie de partir à la recherche d'un air frimas qui n'existait pas au-delà de la Trésorerie. Ses yeux se calèrent alors en même temps que ses mains sur les accoudoirs, prêt à se lever avant de lancer — sans avoir laissé plus de deux secondes de battements à sa précédente interpellation — une preuve qu'il pouvait lui aussi être un hôte aux ressources de bon plaisirs. « As-tu déjà essayé le lait de chèvre à l'hydromel ? Ou l'hydromel au lait de chèvre, selon les dosages et le désir de se laisser aller aux vapes maladroites. C'est rafraîchissant et épargnera la descente de celui-ci qu'il serait mieux d'offrir au Konungr — lui dont la vinasse insupporte les sens. Si l'expérience te semble tentante je peux aller en ordonner. » Trop conciliant qu'il était, le voilà à déposer un choix à celui à qui il était préférable de ne pas en déposer. Mais Stýrr, bien que le regrettant déjà à moitié, était ainsi ; canicule ne lui avait jamais fait fortune de prudence. L'interdiction de raids, privé de son fidèle ami de suicide et l'absence de la fougueuse sœur du monarque n'aidant en rien, les comptes compliqués pour lesquels il était loin d'être maître avaient définitivement achevé sa volonté de fuir et l'énergie étouffée ne pouvait l'emmener bien loin ou alors avec la lenteur d'un vieillard. Et par Njörd, les prières fraîches de la nuit qui n'arrivaient toujours pas ! Les Nornes voulaient peut-être leur offrir un aperçu ridicule de la chaleur du Valhalla et de son alcool dont certaines de leurs connaissances devaient actuellement se repaître, visages privilégiés et ensanglantés aux noms que ne leur parviendraient qu'à un retour inconnu. Deuil et violence dont l'aspect de ce banquet improvisé par Vitserk n'en portait pas la moindre effluve, le Conseiller humant davantage son propre désir de ne pas croire à un piège que celui d'une sueur guerrière fière de ses beignes.
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Sujet: Re: I've got time to waste on you • STYRR   - Jeu 13 Avr - 12:10


Eté 794 -  Trésorerie

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Il y a des questions qui n’ont pas besoin de réponse. On les pose, dans un murmure, et il suffit de regarder attentivement la personne en face pour que l’on comprenne. Ainsi, Vitserk savait. Il savait avant même que les mots ne traversent ses lèvres ce qui, réellement, manquait au Conseiller. Il le savait, et même le comprenait, avec une intensité que l’on aurait certainement pas cru possible. La vérité ne l’intéressait donc pas réellement. Le Trésorier n’était pas le genre d’homme à se préoccuper de ce que l’on pouvait voir d’un coup d’oeil. Dans certaines circonstances, il était donc bien plus intéressé par les mensonges que par l’honnêteté. Ici, face à  Stýrr, il cherchait non pas de tendre déclaration mais bien la qualité de ses mensonges.
« Le manque ne me pose que rarement problème, tout besoin m'est aussi agréable à languir qu'à abattre. » Lâche, l’homme avait refusé de répondre. Vitserk réprima un ricanement, préférant prendre une autre gorgée de boisson tout en fixant avec attention le Conseiller. Il n’allait pas se contenter de réponses sibyllines, on ne détournait pas la conversation avec lui. Vitserk pouvait être terrible consistant dans ses caprices, et enfoncer ses crocs dans la proie qu’il ne poursuivait que par jeu. (Et cela ne faisait que laisser présager son obstination lorsqu’il s’occupait d’un sujet d’importance.) Il laissa faire, cependant, et ne répondit pas. Il attendait. « Même si une petite brise fraîche serait après tout la bienvenue aujourd'hui, on pourrait en dégeler Jötunheim avec cette chaleur. » Cette fois-ci, le sourire amusé s’installa sur les lèvres du Trésorier avec honnêteté. Aucun rire ne s’échappa, mais sa voix était clairement amusée lorsqu’il rétorqua : « On peut toujours se mettre à languir de cette brise, pour qu’elle arrête de nous manquer. » Il continua de boire, savourant l’alcool dans sa gorge avec délectation. La pique resta sans écho, cependant, et le Conseiller se chargea de l’interroger à son tour.
« Caches-tu ces bouteilles pour pouvoir oublier certains résultats des comptes les tristes jours de moins bonne fortune ou est-ce uniquement pour brasser du repos avec le premier assoiffé un rien docile ? » Lui, boire pour une raison ? La question était si absurde pour son regard d’ivrogne qu’il éclata de rire. Un rire qui lui secoua le corps, agita sa tête, gravant sur ses lèvres une sorte de joie malsaine. « Je m’en fous de quel jour on est, lorsqu’il s’agit de boire. Je bois pour me faire plaisir, et j’aime partager ce plaisir avec ceux qui me plaisent. Tu étais là, il faisait chaud, il y avait besoin de boire, je t’ai invité à me rejoindre. » La corne vide, sur ces mots, percuta la table avec un autre soubresaut de rire. Qu’est-ce que les gens pouvaient se compliquer la vie pour pas grand-chose. Enfin, vu à quel point il aimait taquiner et triturer les volontés et motifs de pensée de tous ceux qu’il croisait, il pouvait comprendre que, parfois, on s’interroge sur ses propres objectifs. Il se considérait comme un homme bien trop simple et banal pour trouver ce sujet intéressant.

Vitserk était déjà en train de se resservir lorsque son invité fit comprendre qu’il ne désirait plus rien. Le trésorier ne connaissait, lui, pas de retenue lorsqu’il s’agissait de la boisson. Il avait bien plus tendance à étaler les bouteilles et à tremper les lèvres dans chaque verre, une pratique qu’il n’avait que seul, par étrange pudeur. Il fronça donc un peu les sourcils en comprenant que le Conseiller souhaitait s’en tenir là. Il allait l’apostropher, le gourmander même, lorsqu’il fut dépassé par une proposition plus qu’alléchante : « As-tu déjà essayé le lait de chèvre à l'hydromel ? » Un sourire intéressé s’installa aussitôt sur ses lèvres mesquines. « Jamais, enfin, pas que je m’en souvienne. » Et Odin savait que certaines soirées n’avaient pas daigné s’inscrire dans la mémoire du trésorier. Il se pencha en avant, attentif, soudain, à ce que l’homme pouvait lui apprendre. « C'est rafraîchissant et épargnera la descente de celui-ci qu'il serait mieux d'offrir au Konungr — lui dont la vinasse insupporte les sens. Si l'expérience te semble tentante je peux aller en ordonner. » D’une frappe sur la table, Vitserk marqua son approbation. « Mais fais donc ! Je suis toujours ouvert aux nouvelles expériences et aux senteurs inédites ! » Il agita le bras vers un esclave pour qu’on aille aussitôt chercher l’hydromel, sous les instructions de  Stýrr. Pendant que ça se précipitait pour suivre ses ordres, Vitserk jubilait.
« J’avais peur que tu partes après un seul verre, tu sais ! C’est qu’on s’ennuie mortellement dans ce palais, et je crois qu’on est tous les deux les seuls un brin intéressants dans le coin. » Il ricana, sifflant encore son verre avec malice. « Tu dois savoir comme j’aime la compagnie de notre cher Commandant, » certes moins que d’autres, « et l’absence de ses éclats rend l’ambiance bien morne. » Il laissa un instant le silence s’installer, comme pensif, plongé dans ses souvenirs, tout en agitant autour de sa langue le liquide béni. « Oui, je crois que je pourrais dire qu’elle fait partie des choses qui me manquent le plus par ici. » Sur ces mots, il fixa un instant le Conseiller, cherchant quelque indice, quelque faille à exploiter pour commencer à s’immiscer dans la machine étrange de son cerveau.

A cet instant, l’esclave repassa la porte, chargé du liquide tant attendu. Il arracha un large sourire et un éclat de joie à l’alcoolique de renom. « Ah ! Te voilà ! Viens donc nous servir, j’ai hâte de tester cela ! » D’un coup sec de la tête, il acheva sa deuxième tournée, laissant la thraell s’occuper du service en claquant la langue  d’impatience. La chaleur le rendait plus impatient, plus vif dans ses mouvements et encore plus brusque dans ses paroles.
Une fois servi, il passa d’abord un court instant à fixer, puis renifler, la surface. Ensuite, ce fut la lente gorgée servant à en tester le goût. La deuxième pour le plaisir. La troisième pour confirmer. Un autre court instant pour finir d’en ingurgiter la nouveauté, avant que son visage ne soit traversé du sourire de l’enfant : « C’est bon ! » Il se tourna de nouveau vers l’homme face à lui, rayonnant : « Merci pour ça, je vais devoir trouver le moyen de m’en trouver pour ma propre réserve. » Voire même son commerce. Ah, quelle bonne nouvelle ! Une nouvelle passion, un nouveau caprice pour occuper ces tristes jours d’été ! Une main traversa le bureau et vint se poser sur un poignet à l’opposé, pendant que le sourire se chargeait d’une réelle reconnaissance : « Tu as bon goût, et tu es généreux, tu mérites ma reconnaissance. » Et toute l’affection qu’il peut lui offrir.
Après tout, le Conseiller détient des informations beaucoup trop intéressantes pour que Vitserk ne fasse pas tout pour le charmer.
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