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 L'amitié ne s'embarrasse ni du temps, ni de la distance ~ Sunniva
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Sujet: L'amitié ne s'embarrasse ni du temps, ni de la distance ~ Sunniva   - Ven 21 Avr - 1:39

Sidroc Grímrsen n'avait jamais partagé la sédentarité que la plupart de ses contemporains chérissaient. Loin d'être l'homme d'une seule contrée, c'est lorsqu'il se réveillait sur de nouveaux paysages, en voyant de nouveaux visages qu'il s'épanouissait le plus. L'attrait que l'aventure exerçait sur lui était une force incroyablement puissante, impossible à réprimer, comme un chant présent dans son sang qu'il n'avait jamais réussi à apaiser depuis sa plus tendre enfance. Cependant, ce chant avait beau faire vibrer son cœur, le village de Skogen avait pour lui comme un écho particulier, une mélodie qui savait répondre à son propre chant, qui apaisait quelque peu ce besoin constant de mouvement auquel il était soumis.

Skogen, toujours avec lui malgré la distance, présente dans cette chouette de métal qu'il portait sans cesse autour du cou et cadeau d'un homme qui avait toujours compté pour lui. Skogen qui, s'il devait ne choisir qu'un village, serait celui qu'il appellerait son « port d'attache ». Un village qu'il venait de retrouver après de longues années, un village qui arborait un nouveau visage, de nouvelles ambitions et surtout, une nouvelle politique. Son ancien mentor mais plus que tout, son ami Aldarik lui avait fait la surprise de se présenter comme le nouveau Jarl de leur village natal et après de chaleureuses retrouvailles, il s'était décidé à aller retrouver une autre de ses amies perdue, le jour suivant.

C'était donc devant la porte de la guérisseuse du village que l'aventurier se tenait désormais, fier d'avoir retrouvé cette maison malgré s'être perdu en route. Il était vêtu simplement, comme toujours, ayant troqué ses vêtements de vagabond contre une tenue toute simple qu'on avait insisté pour qu'il enfile, sans doute un cadeau d'Aldarik et avait laissé son épée sagement dans ses appartements puisqu'inutile dans ce village. Sidroc s'y savait en sécurité.

Il toqua à la porte avec le sourire, sachant qu'il allait tomber soit sur une vieille femme pleine de gentillesse et d'autorité, soit sur une jeune femme douce et amicale. Ces deux personnes avaient fait de lui l'homme qu'il était aujourd'hui, lui apprenant presque tout ce qu'il y avait à savoir sur les arts de la guérisons, guidant ses mains et son esprit sur le chemin de ceux qui sauvent les âmes plutôt que de les faucher. Lorsque la porte s'ouvrit sur le visage de son amie d'enfance, un large sourire fendit le visage de Sidroc et il étendit les bras de chaque côté de son corps.

-Madame la guérisseuse, j'ai bien peur de n'avoir rien d'autre à guérir que le vide de ne pas vous avoir vu pendant de si longues années.

C'était selon lui un mal honorable qui ne connaissait qu'un seul antidote : passer le plus de temps possible avec l'autre jusqu'à la prochaine séparation. Sidroc espérait que l'amour des plantes n'était pas passé à Sunniva car il avait rencontré des milliers de variétés végétales lorsqu'il était en chemin, variétés qu'il prendrait plaisir à lui décrire. Ils avaient sans doute beaucoup à se dire, mais Sidroc devinait que l'ambiance lourde qui pesait sur le village n'épargnait pas la maison de son amie et il craignait que de sombres sujets soient abordés, ce qui ne manquerait sans doute pas de se produire.

Pour le moment cependant, il comptait profiter au maximum de ces retrouvailles, apprendre ce que devenait son amie, si elle avait repris le travail de sa mère, sans doute trop vieille pour exercer désormais, si elle avait fait elle aussi des rencontres intéressantes, si elle avait développé ses propres remèdes et comment elle les employait, si elle avait des nouvelles d'un pays qu'il avait visiblement abandonné depuis trop longtemps pour comprendre tout ce que la chasseresse lui avait appris sur les événements récent. Ils avaient tout leur temps pour ça. Sidroc ne comptait pas repartir de si tôt.
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Sujet: Re: L'amitié ne s'embarrasse ni du temps, ni de la distance ~ Sunniva   - Dim 23 Avr - 17:41

Les rayons chauds du printemps ne venaient malheureusement pas chasser la froideur de son cœur. Un soleil qui faisait semblant de régner tandis qu'elle demeurait dans l'ombre de sa petite maison. Comme toujours, sa soeur était sortie chanter les louages de la déesse Eostre tandis que son aînée était occupée aux tâches ménagères. C'était ainsi que débutait la journée de Sunniva quand elle n'était pas occupée à la ferme ou à soigner les maux des habitants de Skogen. Ses yeux se posèrent alors dans un coin de la pièce où cacher par un simple rideau, se reposait sa mère. Une génitrice qui n'était que l'ombre d'elle-même, le coeur brisé par la mort de son mari, par cet assassinat qui avait conduit la famille Mortensen à demeurer dans l'obscurité. Elle abandonna sa vaisselle pour aller la retrouver, couchée sur son lit à fixer le vide. Un coup de poignard dans le coeur à chaque fois qu'elle posait ses yeux sombres sur elle. Les cheveux grisonnant, le visage marqué par les morsures de l'âge, elle cherchait désespérant dans les iris de sa mère une étincelle de vie. Une morte en sursis qui se raccrochait péniblement à une existence morne. Elle avait beau prier les dieux chaque jours, elle n'avait comme seule réponse l’écho douloureux de ses propres supplications. Un soupir tandis qu'elle venait s'asseoir près d'elle, l'aidant à se redresser pour qu'elle puisse lui faire un brin de toilette. Chaque jours elle veillait à la santé physique de sa mère adorée qui avait passée la moitié de sa vie à aider les autres. Aujourd'hui elle n'avait plus que ses filles, abandonnée par le reste du village qui craignait la colère d'un jarl responsable de la mort de Enrik Mortensen. Si seulement il n'avait pas osé défier Aldarik, il serait encore sur Midgard pour veiller sur sa famille et tenir sa ferme. Un guerrier dont elle aimait pensé qu'il était aujourd'hui à Valhalla, bien qu'elle n'en était pas vraiment certaine. Elle prit alors une brosse à cheveux pour peigner la tignasse blanche de sa génitrice, des gestes doux qui s'accompagnait d'une chanson qui scandait les exploits des Dieux. Peu importe le printemps, c'était pour toujours l'hiver glacé dans la maisonnée.

Après avoir arranger l'apparence de Berta Mortensen, l'aînée alla se réfugier dans son coin pour ranger quelques ingrédients. La botanique était une passion que sa mère lui avait transmis très jeune, la magie mystérieuses des plantes et leurs propriétés médicinales qui soignaient bien des maux. Le feu continuait de brûler dans l'âtre, bercée par le crépitement des braises et le cris des chèvres à l'extérieur. Solitude, amante douloureuse et impitoyable qu'elle côtoyait depuis bien trop longtemps. La plupart des femmes de son âge était mariée et déjà mère de belles portées. Une envie de maternité qui venait bien souvent la titiller, mais elle n'avait pas d'homme dans sa vie et encore moins les moyens de subvenir aux moyens d'une nouvelle bouche affamée. Elle continuait de chantonner, placide comme d'habitude. Peu importe les malheurs qui venaient la heurter, la guérisseuse était encore debout et assez courageuse pour se cogner à la vie. A quoi bon broyer du noir, il fallait avancer malgré l'adversité et il viendrait un temps où le vent de la liberté viendrait délivrer les habitants de Skogen de cette triste réalité. A quoi bon partir ? Ne trouverait-elle pas que du malheur dans les autres contrées ? Les temps étaient durs et elle n'était pas du genre téméraire à se lancer dans un voyage sans savoir vraiment où aller. Les oiseaux chantaient un printemps bien installé, les saisons s'enchaînaient mais la douleur persistait.

Une fois ses racines réduites en poussières, quelques coups sur la porte vint trouver son travail. Il n'était pas rare qu'on vienne la chercher pour des urgences ou pour un grain de beauté suspect. C'était son quotidien, faire reculer les maux par les mots et soigner l'âme et le corps de pauvres gens malchanceux. Elle se leva, essuyant ses mains sur son tablier pour venir ouvrir. Les traits voilés par une expression de surprise, ses lippes s'étirèrent dans un grand sourire qui dévoilait une dentition parfaite. -Madame la guérisseuse, j'ai bien peur de n'avoir rien d'autre à guérir que le vide de ne pas vous avoir vu pendant de si longues années. Sunniva n'hésita pas à sauter dans les bras de ce vieil ami. Sidroc, fils de Skogen, camarade de son apprentissage des plantes. Elle se recula alors pour mieux le regarder, caressant sa joue piquante et ses bras robustes. « Par tous les dieux ! Sidroc Grimrsen c'est bien toi ?! » Manifestement, elle était heureuse de le retrouver, comptant dans sa tête le nombre d'années qui les avaient séparés. « Que tu es bel homme ! Et grand surtout ! » Un rire tandis qu'elle l'invitait à rentrer chez elle. Rien n'avait changé dans la petite maison, tout était encore à sa place et il était évident qu'elle ne vivait pas dans l'opulence. Elle invita alors Sidroc à s'asseoir tandis qu'elle venait lui servir un gobelet d'eau fraîche. « Comment vas-tu ?! Tu dois avoir tellement de choses à raconter ! Je veux tout savoir ! » Elle débarrassa la table de ses étranges potions qui régnaient sur le bois puis vint s'installer à côté de lui sans perdre le sourire qui décorait ses lèvres. Une visite qui tombait à merveille, elle qui avoir besoin de réchauffer son coeur et de voyager par les mots. Il viendrait le moment où ils devraient parler de sujets moins sympas, mais elle préférait pour le moment se focaliser sur le bon côté de ces retrouvailles.
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Sujet: Re: L'amitié ne s'embarrasse ni du temps, ni de la distance ~ Sunniva   - Mar 25 Avr - 0:10

C'est avec un rire joyeux que Sidroc referma ses bras sur cette jeune femme qui l'avait vu grandir. Les années étaient passées sans lui voler une once de cette sympathie qu'il ressentait pour elle à l'époque, sans non plus altérer suffisamment ses traits pour qu'il ne retrouve pas un visage familier sur la jeune femme. Il la garda un instant contre lui, appréciant l'étreinte d'une personne qu'il connaissait après tant de mois sans croiser une seule âme connue de lui, puis il la lâcha pour pouvoir subir son examen visuel, le lui rendant avec une étincelle d'appréciation dans le regard, sans cesser de sourire.

-En chaire et en os ! Répliqua-t-il simplement avant de répondre à ses compliments. Et toi tu es devenue de plus en plus belle.

Il se laissa accompagner à l'intérieur, observant au passage le mobilier d'un maison dans laquelle il avait appris à broyer des plantes, à préparer des remèdes ou appliquer des cataplasmes. Peu de choses avaient changé à part l'absence visible de la mère de son amie. Avec un pincement au cœur, Sidroc se demanda s'il allait devoir porter le deuil de la seule figure maternelle dont il se rappelait, faisant de lui un orphelin complet alors même qu'il retrouvait la terre qui l'avait vu naître.

S'asseyant à table, il se décida à ne pas poser de question, préférant s'imprégner de toute cette joie qui circulait entre eux de s'être enfin retrouvés. La remerciant d'un signe de tête pour le verre d'eau, il se désaltéra sans toutefois le finir, se disant qu'il aurait sans doute besoin de boire une nouvelle fois lorsqu'il aurait terminé de raconter le résumé de ses vagabondages de ces dernières années. Avec une grimace théâtrale, il s'appuya contre le dossier de sa chaise et laissa pendre un de ses bras en arrière, se demandant par où commencer. La dernières fois qu'ils s'étaient vus, le père de Sidroc venait de trouver la mort et il ne souhaitait pas revenir sur cet événement, préférant commencer son histoire plus tard dans le temps. Il ramena alors ses deux bras sur la table, joignit ses mains en croisant les doigts, puis se pencha en avant avec une lueur d'excitation dans le regard, repensant à tout ce qu'il avait vécu depuis son départ.

-Si seulement je pouvais te faire entrer dans ma tête pour que tu vois dans mes souvenirs tout ce que j'ai vu ! S'exclama-t-il. J'ai eu beaucoup de chance à vrai dire, je ne suis pas resté seul longtemps sur les routes. Je n'étais pas encore parti de Norvège qu'une aventurière se joignait à moi ! Sans elle je serais d'ailleurs sans doute mort ou perdu à tout jamais dans une quelconque contrée inconnue. Elle m'a permis de retourner dans le Sud, puis à l'ouest. Les plantes là-bas sont assez similaires à celles qu'on trouve ici, mais les étrangers ont des techniques légèrement différentes des nôtres. J'ai rencontré...

Et ainsi Sidroc commença à raconter à son ami d'enfance toutes les espèces rares qu'il avait pu croisé, leurs bienfaits, leurs méfaits, les aventures qu'il avait vécu pour apercevoir ne serait-ce qu'une vue, qu'un point élevé pour observer le panorama qui s'offrait à lui, les multiples occasions où il avait rencontré des bandits et où il avait réussi à les mettre en déroute en grande partie grâce à l'aide de sa partenaire de voyage, tâchant de tourner le tout de manière amusante. Il lui parla également des coutumes Suédoises et Finlandaises qu'il avait pu observé, lui expliquant qu'elle différaient peu des leurs, mais qu'on retrouvait souvent des éléments familiers auxquels se raccrocher. Il termina son récit en décrivant la manière dont il avait été séparé de l'aventurière et erré dans tout le pays sans trouver son chemin avant de finalement arriver totalement par hasard à Isenseg, croisant la route d'une chasseuse alors qu'il se croyait toujours en Suède.

-Elle a failli m'embrocher sur une flèche, cette chasseresse ! Mais je crois que le plus effrayant c'était de découvrir que j'étais encore plus perdu que je ne le pensais. Sortir seul, ça n'est toujours pas pour moi, conclu-t-il finalement, le rire aux lèvres. Mais toi alors, dis moi tout ! Je suis sûr que tu as aussi des choses à me dire. Tu vis toujours ici ?

La question qu'il lui posait était un peu moins superficielle qu'elle n'y paraissait. Elle en sous entendait en fait plusieurs, la première étant sur le fait qu'il n'apercevait pas sa mère dans la maison et se demandait donc si elle avait simplement hérité de la chaumière, tandis que la deuxième se portait sur le statu marital de son amie. Si elle vivait ici, c'était sans doute qu'elle ne s'était toujours pas marié malgré son âge plus que convenable pour y penser. Sidroc ne serait absolument pas celui qui la jugerait pour être restée célibataire, étant lui-même trop incertain pour s'arrêter avec qui que ce soit, mais elle lui avait toujours paru être la stabilité même et il s'interrogeait sur les raisons de son probable célibat.
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Sujet: Re: L'amitié ne s'embarrasse ni du temps, ni de la distance ~ Sunniva   - Lun 1 Mai - 23:18

Une personne venait de la quitter et une autre refaisait subitement son apparition dans sa vie. Les Nornes tissaient parfois de drôles de destins tandis qu'elle posait sa tête contre le cœur du revenant. Un tambourinement qu'elle écoutait battre dans sa poitrine, fermant un instant les yeux pour profiter de cette étreinte appréciée. C'était agréable de retrouver sa compagnie, ayant toujours eu une prière pour lui depuis qu'il avait quitté ces terres pour en découvrir de nouvelles. Finissons-nous pas par revenir là où tout avait commencé ? Un songe qui décora les lippes de la trentenaire, abandonnant ses réflexions pour retrouver le regard du grand et beau Sidroc que le temps avait enjolivé. -En chaire et en os ! Répondit alors le brun dont la seule présence suffisait à réchauffer son cœur abandonné. Et toi tu es devenue de plus en plus belle. Elle avait sourit, buvant ses paroles sans pour autant les approuver. Belle ? Peut-être sous certains angles, pas vraiment consciente de ses charmes. Néanmoins elle accueillit le compliment avec embarras, l'invitant ensuite à revenir là où ils avaient tant partagé. Sunniva songea alors à cette enfance où il eurent à apprendre la propriété de plantes compliquées sous le regard d'une mère intransigeante dans sa façon d'enseigner. C'était si drôle de le revoir après toutes ces années, assis à cette même table qui avait vu cette amitié naître entre eux. La guérisseuse s'approcha de l'âtre pour nourrir l’appétit vorace d'un feu qui ne se lassait pas de brûler, offrant ensuite un peu d'eau au voyageur tout en s'approchant de lui avec une certaine hâte. Elle n'était malheureusement pas capable de prendre la route pour découvrir le monde comme lui, mais elle pouvait voyager à travers les mots de Sidroc. Envieuse elle était, lui qui avait du découvrir d'autres cultures, de nouvelles plantes, de nouvelles contrées. Prisonnière de cette jungle urbaine, entourée d'arbres et de visages du passé. Elle appréhendait le moment où elle devrait lui conter sa triste histoire, celle d'une jeune femme condamnée à vivre avec une famille brisée.

-Si seulement je pouvais te faire entrer dans ma tête pour que tu vois dans mes souvenirs tout ce que j'ai vu ! Elle lui souriait, impatiente tandis qu'elle buvait une gorgée d'eau sans le quitter des yeux. J'ai eu beaucoup de chance à vrai dire, je ne suis pas resté seul longtemps sur les routes. Je n'étais pas encore parti de Norvège qu'une aventurière se joignait à moi ! Sans elle je serais d'ailleurs sans doute mort ou perdu à tout jamais dans une quelconque contrée inconnue. Elle m'a permis de retourner dans le Sud, puis à l'ouest. Les plantes là-bas sont assez similaires à celles qu'on trouve ici, mais les étrangers ont des techniques légèrement différentes des nôtres. J'ai rencontré... L'espace d'un instant, noyée dans son récit, elle crut voir son père lui raconter ses aventures lors des raids d'été. Une pointe de tristesse non dissimulée dans le regard, mais néanmoins souriante face aux histoires contées et quelques-peu jalousées par la protagoniste. -Elle a failli m'embrocher sur une flèche, cette chasseresse ! Mais je crois que le plus effrayant c'était de découvrir que j'étais encore plus perdu que je ne le pensais. Sortir seul, ça n'est toujours pas pour moi. Elle avait rit, ne pouvant qu'imaginer son ami dans un tel contexte. Autant il était doué avec les plantes, autant il l'était un peu moins avec l'orientation. Elle n'avait jamais vu cela comme une tare chez lui, mais plutôt comme une qualité. Si il se perdait, c'était sans doute pour mieux apprécier la beauté du monde, même dans son tragique. Mais toi alors, dis moi tout ! Je suis sûr que tu as aussi des choses à me dire. Tu vis toujours ici ? Elle aurait préférée continuer de l'écouter que de devoir lui raconter une vie qui ne faisait pas vraiment rêver. Son regard figé sur les flammes en train de danser, elle ne savait pas vraiment par où commencer. « J'ose à peine imaginer à travers tes récits tout ce que tu as traversé ! Je t'envie ! Certes tu te perds souvent mais tu finis par retrouver ton chemin. Une route qui te mènes aujourd'hui jusqu'ici et dont j'espère tu profiteras un peu avant de repartir. » Un sourire tandis qu'elle reposait son regard sur lui. Elle poussa alors un soupir avant de reprendre. « Quant à moi, j'ai bien peur de ne pas te faire vibrer avec de belles aventures. Je n'ai pas bougé d'ici, pas mariée, pas vraiment d'amis. Je vis toujours ici avec ma mère et ma sœur. Depuis la mort de mon père, j'ai beaucoup de choses à gérer entre la ferme et mes patients. Ce qui laisse peu de place aux amours. » Le regard perdu dans le vide, elle tentait de cacher sa peine, ne voulant pas vraiment rentrer dans les détails. Elle connaissait le lien qui l'unissait à Aldarik et elle n'était peut-être pas encore prête à en parler.

« Je pense que ma mère serait contente de te revoir, sans pouvoir vraiment te le montrer. » Elle l'invita alors à la suivre dans le fond de la pièce, tirant le rideau pour dévoiler la vieille dame couchée sur le lit. Le corps étendu, le regard vide et fixé sur le plafond. Berta Mortensen avait toujours été une femme dynamique et souriante, la voir ainsi chaque jours lui brisait le cœur. Des cheveux blanc, des rides et un regard qui témoignait facilement des horreurs passées. Catatonique, morte en sursis depuis l'assassinat de son mari. « Elle est ainsi depuis que ... » Elle ne termina pas sa phrase, la ponctuant d'un sourire triste tandis qu'elle s'agenouillait près de sa génitrice. « Mère ? Regardes qui vient te rendre visite. » Aucunes réactions, seul le silence comme triste réponse. Elle tourna son visage vers Sidroc puis se leva afin de quitter la pièce et laissé Sidroc découvrir cette réalité. Elle avait envie de pleurer, de confier sa tristesse à cet ami qui avait toujours compté. Mais elle ne voulait pas que ces retrouvailles soient entachés par un souvenir triste. « Je suis certaine qu'au fond d'elle, ma mère est heureuse de te voir. » Elle retourna près de la table pour boire une gorgée d'eau, ressentant le besoin de s'évader d'ici. « Tu veux aller te promener ? J'imagine que tu dois avoir beaucoup de personnes à saluer et que le voyage t'as fatigué. Je comprendrais si tu souhaites remettre ça à plus tard. » Un sourire, tournant la tête vers l'âtre en souhaitait pouvoir y jeter toute cette tristesse qui ne cessait de la ronger. Le feu emportait tout, alors pourquoi pas les ressentiments ?
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Sujet: Re: L'amitié ne s'embarrasse ni du temps, ni de la distance ~ Sunniva   - Mer 3 Mai - 0:13

Non sans ravissement, Sidroc pu redécouvrir le rire de Sunniva au fur et à mesure qu'il racontait ses mésaventures. Bon public, elle ne l'interrompit pas, se montrant intéressée d'un bout à l'autre du récit, apparemment sans se lasser des histoires qu'il pouvait raconter. Bien entendu, il avait parfois enjolivé la vérité, mais parfois c'était ce qu'il fallait pour rendre un événements plus intéressant qu'il ne l'était véritablement. En revanche, il n'avait rien inventé. Chacune de ses anecdotes était un souvenir brut conservé dans sa mémoire pour le jour où, comme aujourd'hui, il devrait faire le récit de ses aventures à quelqu'un.

Son sourire semblait ne pas vouloir déserter son visage alors qu'il l'observait, le regard perdu dans les flammes comme si elles avaient la réponse à une question muette que se posait la jeune femme. Sa réflexion lui arracha un léger rire de gorge. Il comprenait qu'elle envie le destin que les Dieux lui avaient imposé, une vie à rêver de route, à ne jamais se sentir aussi bien que lorsque ses pas le menaient vers de nouveaux horizons, de nouvelles destinations, mais Sidroc était heureux que Sunniva ne subisse pas ses propres obsessions. Une chance qui pouvait passer pour une malédiction, après tout. Car Sunniva avait des choses à construire, elle avait une situation, une vie, des gens qu'elle croisait tous les jours, une routine qui loin de l'enfermer, semblait au contraire la porter. Quant à lui, il était condamné à se lasser de tout ce qu'il voyait, à s'attacher en gardant à l'esprit que peut-être jamais il ne reverrait ce visage ami. Combien de fois avait-il vécu d'adieux déchirant ? Combien de femmes avait-il aimé et combien d'hommes avaient gagné son respect ? Autant de gens dont il ne gardait qu'un souvenir diffus qui s'effacerait avec le temps là où ceux de Sunniva continueraient à s'affirmer, à se consolider, à se modifier au fil des événements qui rythmait une vie que Sidroc ne connaîtrait jamais. Sans doute ne comprenait-elle pas à quel point les gens comme elle, qu'il comptait sur les doigts d'une main, étaient important à ses yeux. Pour un homme toujours incertain de l'endroit où ses pas les guidait, il semblait capital d'avoir un port d'attache quelque part, un lieu où toujours il serait le bienvenue malgré ses absences, comme une demeure scindée en plusieurs morceaux dans laquelle se trouvait une famille qu'il se serait choisi. Sans s'en rendre compte, c'était son propre visage qui était devenu rêveur au fil de ses pensées.

-Je ne compte pas repartir pour aussi longtemps, murmura-t-il autant pour elle que pour lui-même.

Puis, confronté aux paroles sibyllines qu'elle lui adressa à propos de sa mère, Sidroc laissa éclater la bulle de ses réflexions pour la suivre, commençant à appréhender ce qu'il allait apprendre sur cette femme qui lui avait tant appris. L'annonce de la mort du père de Sunniva avait déjà jeté un voile triste sur son âme, bien qu'il n'aie que peu connu l'homme. Ce qui rendait triste la jeune femme ne pouvait bien entendu le laisser indifférent. Pourtant, ce fut un véritable choc lorsqu'il vit l'être visiblement dénué d'âme qu'était devenu cette grande dame qui lui avait autrefois tout appris sur les plantes et les soins à prodiguer à ceux dans le besoin. S'agenouillant avec respect à côté du corps à peine fonctionnel de Berta Mortensen, Sidroc ne demanda pas la permission avant de prendre l'une de ses mains entre les siennes, comme pour se raccrocher à quelque chose qui pouvait lui prouver qu'elle était toujours en vie.

-Berta, que vous ont-ils fait ? Demanda-t-il à voix basse, le verbe vibrant de tristesse et de compassion.

Il resta un instant de plus à ses côtés, l'esprit traversé par les innombrables après midi qu'ils avaient passés ensemble, tous les trois, cherchant des plantes, Sidroc brûlant de parcourir la forêt pour en trouver, mais Berta le retenant sans cesse pour qu'il ne s'égare pas entre les arbres. Il se rappelait de sa patience lorsqu'elle tâchait de lui apprendre la bases de la médecine, mais aussi sa juste sévérité envers le jeune garçon turbulent qu'il pouvait parfois être à l'époque. Enfin, il se rappelait surtout que si les Wilhjelm étaient sans conteste ce qui se rapprochait le plus d'une famille pour lui, Berta avait été la véritable mère qu'il n'avait jamais eu. Délicatement, l'homme fait qu'il était reposa doucement la main de Berta sur le lit, là où il l'avait capturé entre les siennes, puis il se leva et essuya du bout des doigts les larmes qui s'étaient permises de couler sans sa permission. Il savait d'avance que le mal dont souffrait la vieille dame n'était pas de ceux qui pouvaient être soigné par des herbes et des remèdes.

Sans répondre à la question de Sunniva, Sidroc s'approcha d'elle pour la prendre à nouveau dans ses bras, ayant besoin de partager sa peine avec une personne proche, une personne qui l'avait connu, qui avait vécu avec lui des moments exceptionnels aux côtés de cette femme qu'ils considéraient tous les deux comme une mère, l'une légitimement, l'autre beaucoup moins. Il resta ainsi quelques instants, profitant simplement de la chaleur de la jeune femme pour l'aider à accepter le fait que les choses ne l'avaient pas attendu pour changer d'une façon qui lui brisait le cœur. Tel était le lot des voyageurs.

-Je suis désolé Sunniva. Tu es passée par des épreuves que je ne souhaiterais à personne et pourtant tu te tiens là, aussi souriante et chaleureuse que dans mes souvenirs. Sa voix était rendue rauque par le chagrin, mais lorsqu'il se décida enfin à lâcher Sunniva, ses yeux ne pleuraient plus. J'ai surtout beaucoup de temps à rattraper avec toi avant d'aller voir qui que ce soit. Sortons, je m'en voudrais de te laisser l'image d'un homme triste en te quittant.

Il se dirigea donc vers la porte et attendit qu'elle sorte la première avant de la suivre, fermant derrière lui avant de lui emboîter le pas. Il préférait la laisser mener le chemin, comme il en avait l'habitude avec tous ceux qui voyageaient de concert avec lui, redécouvrant ainsi un village, puis des bois qui l'avaient vu grandir. Il soupira, un sourire sur les lèvres, rassemblant tout le positif qu'il pouvait sur cette journée. Leurs retrouvailles ne devaient pas être sujet de tristesse, mais de réjouissance.

-Tu sais, j'ai vu quantité de forêts et de bois en tout genre, mais aucun ne m'a fait la même impression que celle-ci. Pourtant, j'ai visité une forêt qu'on disait peuplée de créatures enchanteresses et je suis presque sûr d'en avoir vu une, rajouta-t-il avec un sourire qui la défiait de remettre en doute son affirmation. Pourtant, cette forêt là, dès que je la vois, ça résonne là, dit-il en tapotant son torse. C'est chez moi, ici.
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Sujet: Re: L'amitié ne s'embarrasse ni du temps, ni de la distance ~ Sunniva   - Mer 3 Mai - 16:32

Combien de larmes avaient coulés ? Beaucoup trop, mais pas assez pour apaiser le feu de la rancune qui ne cessait de dévorer son âme. Près de l'âtre, elle laissait un peu d'intimité à son ami, à ce frère donné par la vie. Il n'y avait que quelques personnes qui comptaient pour elle et elles se comptaient sur les doigts d'une seule main. Sidroc en faisait parti, elle avait grandi avec lui, sous le chant des alouettes et le bruissement des feuilles après leurs pas de jeunes enfants turbulents. Berta avait toujours considéré le brun comme son fils, lui donnant les mêmes choses qu'à ses filles sans se soucier du nom qu'il portait. C'était un homme qui était revenu, grand, fort et tout aussi humain que dans ses souvenirs. Peu importe les liens qui unissait le nomade au Jarl. Elle ne lui en tiendrait jamais rigueur, le sachant neutre dans ce conflit. Les braises crépitaient et son cœur pleurait en silence. La vieille femme couchée n'était qu'une enveloppe, tout ce qu'elle avait aimé chez sa mère s'était envolé il y a des années. Elle prenait soin de son corps, s'accrochant à son odeur, à sa présence tout en sachant que ce n'était qu'une question de jours avant que la mort l'emporte. Elle ne mangeait presque plus, alitée et la peau creusée par des escarres qu'elle tentait de soigner avec des remèdes qui cessaient de faire leurs effets. Sunniva aurait préférée offrir de meilleurs retrouvailles à son ami, mais elle ne pouvait pas lui cacher l'état de santé de sa mère, cela serait une insulte à la mémoire de celle-ci et à leur amitié. Elle tourna alors la tête pour noyer son regard dans celui de Sidroc, culpabilisant de voir ses larmes profaner ses traits. La tête posée contre son torse, elle profita de cette étreinte pour le serrer fort contre elle tout en fermant les yeux. Reconnaissante, les mots lui manquaient. Étaient-ils nécessaire ? Il devait savoir ce qu'elle ressentait pour lui. C'était agréable et réconfortant, la chaleur d'un corps contre le sien si longtemps délaissé. -Je suis désolé Sunniva. Tu es passée par des épreuves que je ne souhaiterais à personne et pourtant tu te tiens là, aussi souriante et chaleureuse que dans mes souvenirs. Il se détacha d'elle pour mieux la regarder, lui offrant ce sourire qu'il connaissait tant. Elle chassa une de ses larmes tandis qu'il reprenait. - J'ai surtout beaucoup de temps à rattraper avec toi avant d'aller voir qui que ce soit. Sortons, je m'en voudrais de te laisser l'image d'un homme triste en te quittant. Il emboîta alors le pas tandis qu'elle attrapait un châle pour recouvrir ses épaules. Il referma alors la porte de sa maison après elle, observant sa sœur au loin se diriger vers l'habitation pour prendre le relais. Une promenade lui ferait du bien, elle ne pouvait pas le nier.

La forêt était sans nul doute son endroit préféré à Skogen. Elle y venait pour méditer, prier et ramasser les plantes aux pieds d'arbres immortels. La nature était une compagne agréable, elle ne jugeait pas, elle laissait parler et elle savait surtout écouter. Elle pouvait s'y perdre des heures à contempler la beauté du paysage, loin d'un agglomérat souvent pénible à supporter. -Tu sais, j'ai vu quantité de forêts et de bois en tout genre, mais aucun ne m'a fait la même impression que celle-ci. Pourtant, j'ai visité une forêt qu'on disait peuplée de créatures enchanteresses et je suis presque sûr d'en avoir vu une. Sunniva posa alors son regard chocolat sur lui, laissant échapper un rictus amusé d'entre ses lippes, ne souhaitant pas le contre-dire. Pourtant, cette forêt là, dès que je la vois, ça résonne là. Elle l'observa frapper son cœur, ne pouvant qu'être d'accord avec lui. C'est chez moi, ici. Elle s'approcha de lui pour lui prendre le bras, marchant avec lui entre les arbres sous les caresses du vent. « Le monde semble pourtant être ton terrain de jeu. Tu marches sur celui-ci, tu t'y perds souvent aussi. » Un sourire taquin, lui donnant un coup d'épaule avec amusement. « Mais on finit toujours par rentrer chez-soi. Peut-être même pour apprécier encore plus ce qu'on a laissé derrière nous. Je ne connais pas ce sentiment et j'espère pouvoir le ressentir un jour. » Elle leva les yeux vers des carrés de ciel bleu, les arbres faisant barrage à l'astre de feu. Elle aimerait être un oiseau pour s'envoler, abandonner toutes ses responsabilités et profiter d'un monde où la vue était différente. Mais une fois fatiguée d'avoir battu des ailes, elle retournerait se poser sur ces branches, dans cette même forêt où elle était née. « J'espère que le jarl sera profiter de ta sagesse pour prendre certaines décisions. » Ils ne pouvaient pas continuer à ignorer le climat sombre qui s'abattait sur Skogen. La guerre grondait et elle craignait de voir ses terres profaner par le sang d'êtres chers. Elle lâcha doucement son bras pour aller se coucher près d'un immense saule dont elle venait souvent y récolter sa précieuse écorce. Face à une petite source où elle venait quotidiennement y jeter l'ancre du répit.

« Beaucoup de choses ont changés depuis que tu es parti, des gens bien sont morts, d'autres s'en sont allés de peur de subir le même sort que les Digh. » Son père en faisait malheureusement parti, fermant les yeux pour profiter du chant de la nature et prier à des lendemains meilleurs. « Mais tu es de retour, il va falloir fêter ça. » Elle rouvrit les yeux pour lui sourire, reprenant sur un ton plus léger. « Quand vas-tu te marier Sidroc Grímrsen ? Il y a beaucoup de jolies femmes qui seraient ravies de porter ton nom ! Je peux même t'en présenter. » Le sourire sur les lèvres, elle se doutait bien que la vie de nomade n'était pas vraiment compatible avec un tel engagement. Curieuse, elle se demandait si le cœur du voyageur était déjà pris. La forêt renfermait pleins de secrets, elle était gardienne des siens si il souhaitait se confier.
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Sujet: Re: L'amitié ne s'embarrasse ni du temps, ni de la distance ~ Sunniva   - Jeu 4 Mai - 16:07

Avec un naturel bienvenue, Sunniva vint lui prendre le bras, lui arrachant un sourire chaleureux en remerciement de cette initiative. Il y avait des semaines qu'il n'avait pas été ainsi en contact avec qui que ce soit de connu de lui, retrouver à la fois Aldarik et Sunniva lui faisait donc un bien fou, comme retrouver une famille depuis longtemps perdue. Bien entendu, cette balade qu'ils faisaient sous le regard attentif des derniers jours de l'hiver n'allait en rien effacer ce sentiment de perte amer qu'il ressentait toujours. Il aurait aimé pouvoir reparler à Berta une dernière fois avant qu'elle ne rejoigne pour de bons ses ancêtres. Cependant, les Dieux avaient joué un bien mauvais tour à cette grande dame en réclamant son âme avant que son corps ne se meurt. Sans doute avaient-ils leurs raisons, aussi cruelles soient-elles.

Sidroc essayait néanmoins de se raccrocher au positif, à la chaleur de la jeune femme qui tenait son bras, à la joie de la savoir vivante et en bonne santé après presque dix ans sans s'être vu et surtout, au bonheur de savoir que même après tout ce temps, après une absence aussi longue sans aucune nouvelle, sans même un signe qu'il était toujours vivant, elle le considérait toujours comme un frère et l'accueillait à bras ouvert, sans lui demander d'explication, sans lui en vouloir pour les avoir délaissés, de ne pas avoir été là pour tempérer la violence dont avait fait preuve Aldarik lors de sa montée au pouvoir. De tout ceci, Sidroc ne pouvait que se sentir extrêmement reconnaissant devant tant de bonté d'âme à son égard.

Il rit quand elle se moqua gentiment de son incapacité à retrouver son chemin, acceptant la plaisanterie et encaissant le léger coup d'épaule qu'elle lui adressa. Ses paroles sonnaient juste dans le cœur de Sidroc qui en appréciait l'exactitude. Oui, le monde était un terrain de jeu pour lui, mais plus encore. Midgard était sa maîtresse, une amante toujours fidèle puisque jamais elle ne le quittait. Une amie toujours superbe qu'il aimait présenter à ceux qui voyageaient avec lui. La Terre lui prodiguait ce dont il avait besoin, mais elle pouvait également se montrer cruelle en le privant parfois de tout. Cependant, impossible pour Sidroc de s'en séparer, car si dans une main elle lui prenait parfois la nourriture, l'eau, la chaleur dont il avait besoin, de l'autre elle lui offrait des merveilles façonnées par les Dieux que nul homme ne saurait apprécier mieux que lui-même.

-Pour ça il suffit de ne pas hésiter, déclara-t-il. Prends avec toi ce qui te paraît nécessaire, de quoi faire des soins, un couteau comme outil, des vêtements chauds et quelques provisions, puis tu n'as qu'à franchir les portes du village et ne pas te retourner pour les regarder. Elles n'auront pas changé de place, elles attendront ton retour.

Lorsqu'elle alla s'étendre sous un saule, Sidroc la laissa faire et préféra faire le tour de la clairière, prenant garde à ne pas franchir le seuil des arbres pour ne pas se perdre. Caressant certains troncs du bout des doigts, il en éprouvait l'écorce, appréciant la santé de la végétation de cette forêt tout en écoutant toujours Sunniva d'une oreille distraite. Donner des conseils à son Jarl lui semblait ridicule. Sidroc ne connaissait rien à la politique, ni à la façon de gérer un village. Tout ce qu'il pourrait lui donner comme conseil reposerait sur sa connaissance des humains, puisque là au moins il avait une certaine expérience, à force d'en avoir côtoyé toutes sortes.

En vérité, cela l'attristait de constater que le village avait perdu d'excellents éléments, soit tué de la main d'Aldarik et ses partisans, soit exilés volontairement pour ne pas subir le courroux d'un homme qui cherchait à affermir son pouvoir. Bien entendu, Sidroc regrettait que la violence ait été nécessaire pour que son frère accède au pouvoir, mais il avait été témoins de suffisamment de choses pour savoir qu'il valait sans doute mieux passer par là plutôt que de laisser le peuple s'insurger. Car dans ces cas là, ça n'était plus une boucherie, mais une multitude qui survenaient et le peuple n'en souffrait que plus. Il faudrait du temps aux gens pour s'habituer au nouveau visage de Skogen, mais Sidroc était sûr que son frère avait largement la poigne de tous les mener à bon port.

Il préféra pourtant ne rien dire sur le sujet, ne souhaitant pas semer entre eux une discorde inévitable s'il venait à s'exprimer. À la place, il revint vers elle et s'assit à ses côtés en tirant sur l'une des lianes du saule, qu'il commença ensuite à tresser en couronne, machinalement. Il éclata de rire en rejetant la tête en arrière à l'idée de le marier, lui, le vagabond sans le sous qui pouvait passer des années loin de chez lui sans y revenir une seule fois.

-Je ne me crois pas assez cruel pour épouser une femme que j'aimerais, avoua-t-il en souriant, une fois son sérieux retrouvé. Qui voudrait d'un homme pauvre et orphelin comme moi ? Je n'ai ni domaine à offrir, ni travail qui me rapporterait suffisamment de septims pour prendre soin d'une épouse ! Sans aucun héritage, sans aucune envie de passer tout le reste de mes jours au même endroit, je ferais un bien piètre prétendant pour une demoiselle convenable ! Il lui adressa un clin d’œil. Je crois que tu vas devoir jeter ton dévolu sur quelqu'un d'autre pour marier tes amies.

En revanche, il ne serait pas contre en rencontrer une ou deux. Sidroc avait beau être sans cesse sur les routes, il ne s'empêchait pas de profiter de la chaleur qu'on pouvait parfois lui offrir. Peut-être avait-il déjà engendré. Peut-être une femme se languissait-elle de lui, sûre qu'il reviendrait un jour auprès d'elle pour constater que sa lignée ne s'arrêterait pas avec lui. Cette pensée le laissait rêveur, mais embarrassé. Il ne souhaitait ce genre de fantasme à aucune des femmes qu'il avait pu fréquenter. Il espérait également qu'elles aient eu la présence d'esprit de boire des tisanes pour empêcher ce genre de situation de se produire.

-De plus, il me semble que de nous deux celui ou celle qui est le plus à même de se marier, c'est toi ! Tu ne souhaites donc pas avoir des enfants ? Il n'y a pas que des guerriers avides de mourir et des vagabonds à Skogen, je suis sûr que parmi les honnêtes travailleurs du village tu pourrais trouver de quoi te satisfaire. Pourquoi pas un forgeron ? Voilà un homme qui ne risquerait pas sa vie, ni ne serait sans cesse en voyage. Un homme aux bras forts pour t'étreindre le soir et à la main sûre pour pouvoir prendre soin d'une famille, décrivit-il en mimant un tel individu, le visage faussement grave et grincheux, les bras pliés pour désigner les muscles. Il arrêta ensuite son cirque en riant légèrement, puis posa la couronne en saule sur ses cheveux noirs. Me voilà roi de cette clairière, ma dame et en tant que tel, je vous ordonne de vous marier à un individu de la sorte et d'être heureuse !

Il brandit vers elle un index autoritaire, mais son sourire gâchait un peu le dramatique de la situation. Il se leva, la couronne toujours sur la tête, prenant son air le plus sérieux tout en faisant de grands gestes ridicules pour la faire rire.

-En tant que Roi de cette clairière, je déclare d'ailleurs illégale toute forme de tristesse. Mes sujets se devront d'avoir sans cesse le sourire et de toujours garder le positif au sommet de toutes choses ! J'impose également comme nouvelle tradition d'appeler tous les premiers nés de ses habitants : Sidroc, en l'honneur de leur roi bienveillant et bien aimé. Pour les différencier, nous leur donnerons alors des numéros. Je serais Sidroc premier, bien entendu. Ceux qui vivent ici sont également tenus de ne jamais me manquer d'affection et devront payer une douane à chaque fois qu'ils pénétreront sur mon territoire. Cette douane s'élèvera à un baiser sur ma joue poilue pour renforcer les liens fraternels que j'entretiens avec chacun de mes sujets qui sont d'ailleurs au nombre d'un. En disant ceci, il la désigna à nouveau du doigt. D'ailleurs quelqu'un n'a pas encore payé sa douane. J'attends !

Il se pencha alors, la joue tournée vers Sunniva, mais le menton en l'air pour mimer l'arrogance.
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