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 let me rest my head
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Sujet: let me rest my head   - Ven 5 Mai - 0:51

let me rest my head


10 mars 795

Ciel bas, gris, presque noir des nuées qui tourbillonnent jusqu’à se muer, sur un horizon noyé, avec les eaux tourmentées par le vent qui hurle en rafales, prenant son élan au plus profond du large pour venir s’abattre sur la côte ; mais dans la calanque, il s’emprisonne un instant, s’enroulant peut-être deux, trois fois de plus que nécessaire avant d’aller mourir plus loin, dans les terres. Au milieu de ce tumulte se tient une silhouette, oscillante sous la véhémence de Rán dont les caresses fougueuses emmêlent des boucles brunes, rougissent des pommettes pâles, et dont la clameur couvre le refrain qui se file de lèvres déjà gercées par l’air froid et salé. La langue, hérétique, n’est pas celle de ces rivages, pourtant c’est avec une ferveur à la pureté proche de l’innocence que Viðolfr accompagne le chant de la déesse, l’œil rivé sur un lointain invisible, le cœur frémissant et pourtant paisible. Sur un dernier vers bientôt, les paupières, puis les lèvres, se closent, et la nuque se plisse, les narines humant les embruns qui se mêlent à la pluie. La tempête n’en a pas fini ; Viðolfr non plus. Quelques mètres plus loin, il dépose un baluchon dans le creux d’un rocher dont il déniche quatre galets moyens, ficelés de corde effilochée. Il a tout prévu. Maintenant plus tendu, il quitte laines et fourrures qu’il cale sous le baluchon, avant d’arrimer les galets à ses poignets, ses chevilles. Bientôt, le voilà frissonnant dans les vagues glacées qui lui fouettent les mollets en venant mourir dans le sable détrempé sur lequel il avance, le pas large, ralenti. Le simple lin qu’il lui reste sur une peau bleutée s’associe peu à peu aux galets pour lui alourdir les jambes, puis les bras, le torse, et enfin tout le corps lorsqu’il se retrouve immergé. Là, recroquevillé sous les eaux qui le ballottent à bâbord, à tribord, Viðolfr écoute la mélopée plus délicate de la tempête, les échos des tourbillons dans les cavités rocheuses, le crépitement des bulles d’air qui lui flattent l’épiderme. Son cœur ralentit, murmure chaudement à ses tympans. Sa gorge retient sa dernière inspiration. Il flotte. Il oublie.

Enfin, la plante de ses pieds se déplie, ses jambes s’étendent, ses reins s’arquent et d’un léger coup d’orteil sur le fond marin, Viðolfr émerge et se hisse à l’horizontale, le souffle s’insinuant bruyamment dans sa gorge. Il s’étire puis, des bras et des jambes, il se met à mouliner, bravant les remous dans un crawl certes confus et pourtant, après quelques embardées, relativement efficace. À contre-courant, il serpente entre les rochers qu’il connait si bien, à peine déboussolé par les flots qui lui éclatent au visage, asticotent ses tympans, le sel qui lui échauffe la langue, charcute ses sinus et corrode ses pupilles. Les galets tirent déjà sur ses muscles trop souvent paresseux ; il serre les dents, roule un instant sur le dos pour inspirer et avise l’ovale jaune et torturé d’un lichen sur un haut écueil qui le surplombe : il se sait éloigné d’une bonne trentaine de mètres de la côte. Il peut faire mieux. Alors il continue, le souffle court, brûlant comme tout son corps que le glaçant des flots ne touche même plus, les vagues se fendant sous sa détermination. Jusqu’à ce qu’il ne rencontre celle de trop, celle qui a décidé de se jouer de sa force encore trop frêle, celle qui se dresse, frisottante d’écume, et s’abat sur lui pour l’envoyer s’écraser contre un rocher dans les rigoles duquel elle se prélasse un moment, gargouillant, narquoise, par-dessus le hurlement de Viðolfr qui d’une main s’accroche tant bien que mal au roc, de l’autre se tient le flanc gauche, déchiré en son long. Le poing quitte la plaie pour venir cogner sur ses dents qui croquent les phalanges, goûtent sel et fer, et les paupières s’écrasent l’une contre l’autre dans une plainte étouffée. Ça devait arriver, narguent les maintes cicatrices qui ornent le corps de Viðolfr, ça finit toujours par arriver.


Dernière édition par Viðolfr Leiknir le Mer 10 Mai - 15:45, édité 2 fois
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Sujet: Re: let me rest my head   - Mer 10 Mai - 0:19

Let me rest my head

Au sortir de la demeure familiale, le regard s'était levé en direction du domaine des dieux, dont les couleurs courroucées laissaient supposer qu'une quelconque tumulte régnait parmi les Ases. Un geste pour s'assurer que l'escarcelle était bien fixée à sa ceinture, et le voilà parti. Le vent dans son dos poussait sa grande carcasse à travers les différentes habitations de Solstheim. Presque guidé par les rafales, Jörvar prit la direction des bords de mers, le visage fermé, mais les lèvres en action tandis qu'il psalmodiait quelques prières à l'attention de Njörd. Que le Vane veille sur lui lorsqu'il s'approcherait des falaises. Sindravellir les atteignit à petits pas, prudent. La salicorne poussait par ici, et si bien des commerces en vendaient, le guérisseur avait toujours à cœur d'en dénicher par ses propres moyens. Le vent était à présent si fort qu'il lui était difficile de garder les yeux ouverts. La hauteur des falaises n'arrangeait rien, aussi le Loeknir se campait-il sur ses appuis du mieux qu'il pouvait. Ces falaises, il ne les connaissait que trop bien. L'horizon était hypnotisant, et si la prudence n'était pas de mise, d'aucuns se risquaient à une chute vertigineuse sur les rochers qui serpentaient en contrebas. Jörvar s'accroupit à plusieurs mètres du bord, et découvrit plusieurs pieds de salicornes dépourvus de leurs tiges, là où une lame était venue les sectionner. Bon. Ça ne faisait rien. Une violente bourrasque le poussa et ce fut à plat ventre que le guérisseur se retrouva, le nez dans l'herbe tendre, des alizés plein les oreilles. Le ciel, dans ses nuances de gris, de noir et de blanc, semblait d'une dangerosité inouïe. Et Jörvar, couché à quelques pas du vide, sentit alors le fracas des vagues contre les rochers. Quelle nature, ne put-il s'empêcher de penser. Il se redressa sur ses genoux, puis complètement, veillant à quitter les bords de la falaise à reculons pour ne pas se faire surprendre. Il décida de redescendre en direction de la plage, dans l'espoir de trouver quelques salicornes intactes. Sans quoi, il se rabattrait sur les marchands de Solstheim. L'herbe se changea bientôt en sable et Jörvar sourit en entendant les rouleaux de l'océan rugir à son arrivée sur la plage. Il se perdit à observer cette mer agitée qu'il aimait tant, mais sa contemplation fut interrompue lorsqu'il discerna une tête brune entre les flots, à une trentaine de mètres de la plage. L'instant d'après, la voici qui replongeait. Jörvar sut immédiatement quel garnement était à l'origine de cette énorme bêtise. Le guérisseur poussa un soupir de lassitude tout en retirant cape et vêtements, ne gardant que ses braies. « Pauvre fou, » gronda-t-il entre ses dents. Le vent était mordant sur sa peau nue, mais le pire était à venir. Il trottina sur le sable et entra dans l'eau en grimaçant. Un juron lui échappa, et l'agacement du Loeknir fut sans doute ce qui le poussa à plonger sous l'eau, la tête la première. Nager était déjà une activité assez physique comme cela, alors avec une mer aussi agitée, la tâche serait d'autant plus difficile. L'espace d'un instant, alors qu'une vague l'engloutissait, Jörvar pensa à faire demi-tour. Il refit néanmoins surface, les poumons en feu, fébrile face à la violence des vagues qui le remuaient dans tous les sens. Les rochers étaient omniprésents, et le guérisseur faisait de son mieux pour les contourner. Lorsqu'il atteignit finalement l'endroit où il avait vu la tête brune disparaître, il plongea.  Trouver le jeune Leiknir ne fut pas difficile, sa main rencontra le dessus de sa tête, puis son cou, et lorsque sa main se referma sur son épaule, il tira de toutes ses forces pour le remonter. Lorsque le jeune homme refit surface, Jörvar s'époumona : « Par Odin, Viðolfr ! Les Dieux t'ont-ils ôté tout bon sens ?! » Il n'attendit pas que le brun lui réponde pour commencer à nager vers la côte, traînant son fardeau humain à sa suite en lui tenant fermement le poignet. Sa colère l'avait emporté sur sa motivation, et même si Viðolfr ne voyait pas son retour sur la terre ferme d'un bon œil, Sindravellir n'en avait cure. Le trajet retour lui parut une éternité, et ses forces le quittaient peu à peu. La mer, elle, ne perdait rien de sa fureur. Il n'échappa cette fois pas aux rochers, et lorsqu'une vague le projeta sur l'un deux, il sentit la peau sur son coude s'entailler violemment. Jörvar étouffa un cri, mais continua à progresser. Quand il sentit son pied se poser sur le sable, il tira fort sur le bras de Viðolfr, le projetant en avant. Il le poussa jusqu'à ce que l'eau ne leur arrive plus qu'aux hanches, et à bout de souffle, Jörvar se laissa choir à plat ventre sur ce sable gris, sale, infesté d'algues. « Tu es fou ! » lança-t-il à l'adresse de son rescapé, le regard mauvais. Il était furieux. « Un jour, tu y laisseras ta peau ! » Le guérisseur se mit à quatre pattes et avança pour se mettre à l'abri des vagues glaciales. Il lança un autre regard à Viðolfr, bien curieux de connaître ses arguments de défense.
(c) AMIANTE
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Sujet: Re: let me rest my head   - Mer 10 Mai - 18:38

Contrairement aux apparences, si l’inconscience du Leiknir se prend parfois, comme aujourd’hui, à flirter dangereusement avec la folie, elle n’en est pas encore à entretenir avec cette dernière une relation symbiotique. C’est pourquoi Viðolfr, agrippé à son rocher, a délaissé l’horizon pour se concentrer sur le rivage, amortissant le temps qu’il perd à se retrouver un souffle souffreteux pour planifier le chemin du retour ; il connait les courants, s’étant bien souvent laissé balloté à leur gré, et sait qu’il devra encore braver quelques vagues rogues avant de rejoindre un chenal sous-marin qui le portera sans trop d’efforts jusqu’à la grève. Difficile, étant donné son état, mais pas impossible. Un défi de plus à relever. Alors, après une profonde inspiration, il se rejette à l’eau ; aussitôt sa mâchoire se crispe dans un grognement alors que le sel lui mord la chair, s’insinue en lui, corrosif ; mais Viðolfr résiste à l’élan de fermer le poing, bataillant pour garder ses doigts bien tendus en des pales qui taillent les eaux d’un geste certes moins rapide, mais presque aussi vaillant qu’auparavant. Au début, toutefois ; car la respiration commence à se faire laborieuse entre les dents serrées, l’air brûlant dans les poumons qui semblent presque lorgner sur la plaie latérale comme une échappatoire. Le chenal est tout près, mais Viðolfr patauge, n’avise pas du coin de son œil flou d’humidité la crête qui se frise un instant en l’air avant de le plaquer sous son poids. Il boit la tasse, a heureusement le réflexe de clore ses lèvres en retenant une quinte de toux, et roule des yeux sous les eaux trop troubles, incapable même de se savoir cul par-dessus tête et encore moins de deviner une source de lumière qui lui indiquerait le chemin de la surface. Ses yeux se ferment, il garde son calme, étend son corps et alors qu’il se laisse guider par le flottement, il a néanmoins le temps de s’interroger : les ases en auraient-elle enfin assez de ses frasques ?
La réponse lui vient plus vite et surtout plus désagréablement qu’il s’y serait attendu lorsqu’une ferme poigne lui cramponne la tignasse, le cou, l’épaule enfin et le hisse à la surface que Viðolfr dévore avidement, l’air le pénétrant avec une véhémence telle que son cerveau semble cogner contre l’intérieur de son crâne. Il entend à peine les mots qui lui sont hurlés, reconnaît tout juste son prénom, n’a même pas le temps de chasser le sel de ses yeux pour identifier la créature qui les a prononcés que déjà il se fait entraîner, le poignet prisonnier de longs doigts dont le contact le paralyse, lui ôtant toute initiative de s’évader.

Lorsque ses genoux heurtent sèchement le sable algueux, Viðolfr lève un instant le menton, contemplant les nuages lourds qui néanmoins commencent à se flétrir : message reçu. Il s’effleure le flanc, puis étend les doigts devant ses yeux, louchant sur le sang dilué d’eau qui goutte à leur bout, une certaine fascination dans l’iris qui ne daigne enfin porter son attention sur son sauveur que lorsqu’une voix furieuse se met à lui brailler dans les oreilles. Aussitôt les traits de Viðolfr s’effondrent, pâles, et comme un enfant pris en faute, il se cache la main dans le dos tandis que l’autre bouchonne nerveusement le lin détrempé de sa chemise dans une tentative peu concluante d’en dissimuler le vermeil ruisselant.
« Je ne t’ai rien demandé, loeknir, » bougonne le crapaud sous un nez froncé, mais baissé.
Cependant il s’est, avec une discrétion relative, traîné sur le sable pour se placer entre la ligne de vue de Sindravellir et le rocher qui arbore toujours son baluchon. Il se laisse bientôt tomber sur son séant et dénoue un premier galet à son poignet, puis le second qui s’avère lui donner du fil à retordre et dont il attaque le cordage avec les dents.
« Et je ne suis pas fou, » siffle-t-il, la langue vitriolée, « je sais parfaitement ce que je fais… »
Glissant les galets dans ses poches, Viðolfr crache sur le côté pour se débarrasser d’une fibre de corde entre les dents avant de se libérer les chevilles. Son dos s’arque alors qu’il tente de se relever, la brûlure à son flan lui arrachant un grognement ; du bout des doigts, il s’équilibre au sol pour arrimer ses pieds dans le sable et se hisser sur des mollets chancelants.
« … Ce qui est, » continue-t-il, plantant froidement ses prunelles dans la direction générale du loeknir, « si d’aventure on te le demandait, strictement rien. »
Le ton se veut ferme, menaçant, mais Viðolfr s’entend trahi par les tremblements de sa voix qu’il se presse intérieurement de mettre sur le compte du vent qui glace sa peau mouillée, et priant pour que Sindravellir en vienne à la même conclusion.
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